Grapus au Centre d'Art Contemporain de Thiers
Au début, Grapus, c'est la révolte commune de Pierre Bernard, Gérard Paris-Clavel et François Miehe. Ils se sont rencontrés en mai 68, à l'Atelier Populaire de l'École des Arts Décoratifs. Ils y ont conçu et tiré des images, certaines fameuses. On les traita alors, plus ou moins gentiment, de “crapules staliniennes“, à cause de leur attachement au Parti communiste. Qu'à cela ne tienne ! Cette invective, pétrie avec «graphisme», est devenue «Grapus», un nom pointu comme un estoc !
Après deux ans d'études partagés à l'Institut de l'environnement, les trois camarades se lancent dans l'aventure pour créer des images sociales, politiques, proposer une nouvelle expression de l'actualité avec la volonté de la faire bouger, sous la signature collective de Grapus. En 1975, Alexander Jordan et Jean-Paul Bachollet viennent les rejoindre. Rappellons nous la dynamique collective de l'époque, à commencer par les ateliers populaires d'affiches aux Arts Déco et aux Beaux Arts, la naissance de la coopérative des Malassis, d'Unicité, plus tard de Bazooka, en Espagne d'Equipo Cronica. Grapus est d'abord l'enfant d'une époque porté par le collectif. L'atelier Grapus a accueilli durant ses vingt ans d'existence, pour des stages ou pour du travail, il y eut près de cent graphistes, dont un tiers venu de l'étranger.

Créer c'est agir. Grapus veut changer le monde. Affiches, tracts, signalétiques, la recherche graphique et l'engagement politique s'entremêlent, se nourrissent, s'épanouissent, se renouvellent. Crayonner, coller, photographier pour éveiller les consciences. Grapus a trouvé ses interlocuteurs dans les syndicats, spécialement de la CGT, dans les organisations du et autour du Parti communiste, dans des associations bien diverses, dans des villes, dans des théâtres, spécialement « La Salamandre», dans des maisons de la culture, des ministères, au Centre national des arts plastiques, dans des musées dont Le Louvre, au Parc de la Villette... On ne compte pas les justes causes que Grapus a défendues. Grapus a été exposé dans de nombreux pays et continue de l'être. Mais depuis l'exposition de l'éphémère Musée de l'affiche organisée en 1982 par Alain Weill, aucune n'a eu lieu en France: sans doute parce que l'engagement politique de Grapus dérange, toujours aujourd'hui. C'est dire que cette exposition, à l'Usine du May, en 2017, a été un grand événement.

Ancienne usine du May à Thiers